Depuis plusieurs années, les français commencent à remettre en question la délocalisation de la production, notamment vers l’Asie. La qualité des biens importés séduit de moins en moins et leur compétitivité prix, autrefois leur principal atout, est aujourd’hui critiquée. D’après une étude Statista de 2017, seulement 7% des français ont une perception positive du “Fabriqué en Chine”. Face à l’urgence climatique et la responsabilité sociale, un désir de ralentir cette production émerge et les multinationales sont pointées du doigt. En réponse, des formes de consommation alternatives, tels que le le circuit court ou le Made In France, se popularisent et semblent se placer comme de nouveaux acteurs du monde de demain.

Un mouvement de société ?

Plus qu’un simple label, le Made In France semble incarner la volonté de proposer une solution aux enjeux socio-environnementaux auxquels le monde fait actuellement face. Ce gage de fabrication française est, effectivement, souvent vu comme un acteur essentiel à une production plus éthique, respectant à la fois les travailleurs et les consommateurs.

Afin de le démontrer, selon une étude de l’Ifop de 2018, pour 93% des consommateurs français, acheter un produit fabriqué en France est une manière de participer au maintien de l’emploi dans l’Hexagone. Pour 86% des interrogés, c’est aussi la garantie d’avoir un produit fabriqué selon des normes sociales respectueuses des salariés et pour 74% la garantie d’avoir un produit de meilleure qualité. Par ailleurs, 66% considèrent que la qualité d’un produit est une priorité.

Néanmoins, seulement 12% d’entre eux, accordent de l’importance à l’impact environnemental des produits qu’ils achètent, contre 7% des interrogés en 2011. On peut donc observer une légère prise conscience écologique de la part des consommateurs, même si cela reste encore minoritaire.

Enfin, plusieurs figures politiques s’emparent aussi du label et voient en ces trois mots, ironiquement anglais, une façon de rassembler des électeurs sous un idéal nationaliste commun. L’ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, est notamment connu pour son « patriotisme économique » et son désir de « relocalisation » de l’industrie française. Mobilisant, bien entendu, des électeurs sensibles aux critères mis en évidence par le sondage de l’Ifop, cité précédemment.

Aujourd’hui, les différentes études nous montrent, qu’effectivement, le « Made In France » est principalement motivé par un engagement socio-économique ; respectant les travailleurs français, redressant l’emploi et assurant des produits au savoir-faire de qualité. Dans tous les cas, le « Made In France » séduit et, selon le sondage de l’Ifop, c’est 59 % des Français qui « regardent le pays de fabrication » (« souvent ou systématiquement ») avant d’acheter un bien ou un service.

Difficile d’arriver jusqu’au panier

Une étude de l’Insee de l’année 2015 montre l’ampleur du mouvement en mettant en évidence le fait que le « made in France » représente, à ce moment, 81% de la consommation des ménages. Cependant, si ce chiffre est si haut, c’est principalement grâce au poids des services qui représentent 80% de la consommation totale des ménages français. En effet, en ce qui concerne le reste, l’étude nous informe que 64 % des biens manufacturés et 87% des textiles sont importés.

Malgré l’intérêt porté à ce label, on peut se demander pourquoi les français ne consomment pas autant de biens fabriqués en France que de services. Pour en avoir une idée, une étude de l’Ifop de janvier 2020 indique que 56 % des Français estiment qu’il est difficile de trouver des produits fabriqués par des PME engagées dans la production « Made In France ».

Par ailleurs, cette étude met en évidence des disparités entre les générations et les régions. Ainsi, 69% des plus de 65 ans ressentent cette difficulté, alors que cela baisse à 46% chez les moins de 35 ans. De même, on peut lire que 57% des habitants de province estiment avoir cette difficulté, contre 42% pour les franciliens.

Ces différences pourraient en partie s’expliquer par le choix des entrepreneurs et des PME de ne plus avoir recours à des intermédiaires pour vendre leurs produits. En effet, cette « désintermédiation » prendrait notamment naissance dans la digitalisation et, donc, dans la vente en ligne. Il serait, de ce fait, probable que les personnes les moins connectées aient moins accès à ces produits.

Par ailleurs, le “Made In France” impliquerait des coûts de production plus élevés et une plus grande valeur perçue, ce qui qui aurait pour conséquence d’augmenter le prix final. On peut donc facilement imaginer qu’une partie de la population n’aurait pas les moyens d’y accéder. Néanmoins, l’étude de l’Ifop nous montre que 74% des interrogés sont en réalité prêts à payer plus cher pour un biens ayant été fabriqué en France.

Enfin, pour remédier à ces difficultés, certains défenseurs du label imaginent déjà le développement de rayons « Made In France », à l’instar des rayons bio. Ce projet a d’ailleurs vu le jour pour la première fois, en 2013, au Leclerc de Lanester dans le Morbihan. Les producteurs et les consommateurs français n’ont plus qu’à espérer que l’initiative bretonne se propage ailleurs.

Quel avenir pour le Made In France ?

Pour commencer, le label peut être remis en question. En effet, comme celui-ci peut être accordé à condition que la dernière transformation majeure du produit ait été réalisée en France, cela veut dire qu’un bien majoritairement transformé en Asie pourra, de toute façon, le faire figurer.

De plus, la récente crise du Covid-19 nous a fait prendre conscience de l’impact de la délocalisation et de notre dépendance face au géant Chinois. Le discours du 14 juin 2020 du Président Emmanuel Macron semble aussi s’inscrire dans le mouvement “Made In France” lorsqu’il mentionne “l’indépendance de la France” ou la “relocalisation”.

Enfin, nous pouvons nous demander s’il ne manque pas plus d’initiatives de la part du gouvernement pour promouvoir le “Made In France” et le rendre plus accessible. Est-il réellement un pari gagnant ou se perdra-t-il au profit d’un autre projet commun, le “Made In European Union” ?